Salut Falardeau

•27.09.09 • Laisser un commentaire

Salut Falardeau, tes détracteurs te lèchent maintenant les pieds, tu es mort, tu es moins embêtant. Mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas le germe que tu as semé sur ton passage. À travers tes films, tes écrits et tes discours, tu leurs as fait peur. Pas avec une polémique à dix cennes, mais parce que tu avais raison, et le menteur sait quand il est reconnu et sait quand son interlocuteur a raison. On ne fait plus que parler blanc ici, certes encore plusieurs s’y laissent aller et en effet, ce n’est pas parce que nous sommes québécois que nous ne savons reconnaître la beauté de cette langue, mais ce n’est pas la seule, ce n’est pas notre seule. Nous parlons queb, de plus en plus. Cette langue avec ses accents de vieux terroirs français oubliés, cette langue riche de la francophonie, et embellie d’une connaissance et d’une mentalité autre. De celle de l’envahisseur blanc, de l’envahi, indien et blanc, et de l’immigrant trop souvent oublié. Nous sommes les maîtres dans nos maisons, même si nous nous y laissons contrôler. Nous sommes fort de nos combats, de nos défaites, de nos faiblesses. Comme tu l’as dit souvent, nous ne nous battons contre personnes, nous nous battons pour nous, avec tous ceux qui veulent se battre pour eux. Les nationalismes sont peut-être suspects, mais ce n’est pas une raison pour s’emmitoufler dans notre bêtise, dans notre couardise, dans la langue des autres.

Salut Falardeau, qu’on te critique ou qu’on te loue n’a aucune espèce d’importance, l’important est que l’on écoute. Que l’on écoute les cris des minorités, que nous les comprenions, que l’on engage le dialogue, qu’elles aussi nous comprennent. Ces minorités fort souvent majoritaires d’ailleurs, ces minorités qui dérangent, qui font peurs aux sbires de l’argent à tout prix, du pouvoir à tout prix. Ces minorités riches, elles aussi, de leurs langues, de leurs cultures, de leurs faiblesses. Pas contre les autres, pour soi. Nous sommes de ces minorités, dignes. Seulement, Notre Dignité, nous la relayons souvent sous des allures de gueux, de peur d’être snob peut-être, d’être comme ceux qui nous écœurent et qui, éhontés, pavanes comme des rois nus, sûrs de leur fière allure.

Salut Falardeau, documentariste, homme, penseur. Salut à toi qui a su jouer de tes langues, des images, et qui a su te jouer de ceux qui ne te voulaient pas dans le décor. Ta cigarette, ta voix rauque, tes sacraments. Et comment oublier ton sourire et ton air moqueur. Je ne t’ai pas connu personnellement, mais, jeune homme que j’étais et que je suis encore, je t’écoutais, t’admirais, te critiquais du haut de mon impression de savoir. J’ai appris à ton contact. Qu’on a pas besoin de s’aimer pour s’apprécier, se respecter et apprendre les uns des autres.

Salut Falardeau, toi qui as aimé. Aimé ton peuple, son histoire, ton pays, qui ne commence bien sûr nullement par la lettre “C”. Qui a aimé tous ceux qui ont voulu aimer avec toi, tes frères, de toutes races, de toutes ascendances, ceux qui, comme toi, étaient capables d’aimer pour eux et non contre les autres.

Salut Falardeau, la lumière de ta présence, étoile maintenant disparue, brillera, car nous nous souviendrons.

au lieu

•19.09.09 • Laisser un commentaire

Au lieu de fumer une clope, j’ai pensé à toi. Un moment.

Au lieu de m’ennuyer de toi, j’ai souri.

Sans jamais m’arrêter en hauts lieux de désespoirs feints, je pense et repense, je gémis, oui, mais je ne brais pas. Sans cesse de raccorder en ma mémoire ces plans de beauté, un opus expérimental à ta beauté, une chanson d’amour et de haine à ta beauté, un film muet.

Au lieu de me désincarner, je me suis arrêté un instant. La vitesse de la lumière c’est beau un instant, mais ça désincarne l’instant. Le fait disparaître instantanément. Il parait qu’un instant de bonheur c’est une éternité d’amour et je le sais. Je le crois.

Au lieu de penser que tu n’es plus là, j’ai pensé que tu parcours un ailleurs. Et cela m’a fait aimé cet ailleurs. Cela a pansé ma douleur.

Au lieu de pleurer sur ta disparition, j’ai invoqué en moi ce qui me restera toujours, le plus petit fragment qui me restera à jamais. Cette image floue, bleutée, un corps en mouvement, une photo qu’on croirait ratée, mais qui réchauffe mon cœur puisqu’elle me rappellera toujours l’instant éternel d’amour que je pourrai toujours rappeler au présent. Le passé, le présent, le futur, tout cela n’est qu’une seule et même chose.

Au lieu de continuer, je me suis arrêter un instant. J’aimerais tant que tu sois ici, que tu pleures un instant, que je te prennes dans mes bras un instant, que tu te blottisses un instant.

Pour me consoler.

un train pour nulle part?

•19.09.09 • Laisser un commentaire

J’ai assisté au nouveau film de Robin Aubert (saint-martyr des damnés) : À quelle heure le train pour nulle part. Un homme en quête spirituelle de son frère jumeau en Inde. Une recherche de soi, un parcours quasi initiatique. On se retrouve plongé dans un univers mental où notre protagoniste erre à la recherche de son frère jumeau disparu? égaré? mort? en quête de lui-même? Nous avons droit ici au film d’un auteur. Il reprend des thèmes qu’il a déjà abordé, le double, la quête/perte de soi, le fantoche qui révèle, l’amour volé à la vie; mais cette fois-ci, à mon avis, de façon plus personnelle. Si dans Saint-Martyr, il y avait de la citation, du pastiche et une mise en scène mise à l’avant-plan, ici nous avons quelque chose de plus sobre, de plus sincère, de plus assumé. Il y a tout de même un travail superbe à la photographie. Des plans intenses et léchés côtoyant des séquences caméra épaule, avec beaucoup de bruit, équivalent numérique du grain, très bien utilisé par ailleurs, qui nous font alterner entre l’inquiétude et la perte des repères. En voyant ce film on peut penser à Apocalypse Now, pour le personnage les plans dans le train, qui remplace le bateau du capitaine Willard, et, bien sûr, la quête en pays “inconnu”. Pas inconnu du réalisateur en tout cas qui s’y meut comme un poisson dans l’eau, nous faisant oublier qu’il y est si à l’aise grâce au naturel de ses acteurs. Et que dire de cette séquence avec une japonaise, espace de repos, consolation temporaire, instant volé, tout de suite perdu qu’il retrouvera peut-être. J’ajouterais finalement un seul petit bémol tout personnel, l’utilisation de la musique qui venait parfois masquer, gommer certaines séquences. Elle y semblait plaquée et non en phase avec le reste, ça ne dansait pas de pair. Mais bon, c’est si peu. Il fait bon de voir qu’il soit possible de créer en dehors des contraintes que l’on s’impose ici au Québec. Certes Robin Aubert à fait son filme avec quelque aide, mais c’est lui qui l’a produit et l’a supporté. Il l’a fait en numérique tout en s’adaptant à ce médium qui reste cinématographique lorsqu’on ne tente pas de faire “comme si” c’était de la péllicule. Vraiment monsieur Aubert, chapeau bas, vous méritez un grand respect et j’espère que nous n’attendrons pas que vous ayez été recyclé ou que vous soyez mort avant d’avoir la reconnaissance qui vous revient.

paysage sonore

•16.09.09 • Laisser un commentaire

Les voitures passent, les gens aussi et moi, assis sur le parvis, j’écris. Méditation tranquille bercée par les vagues de bitume dérangées par les roues de caoutchouc pour lequel quelques centaines de dizaines de personnes sont mortes, toujours-déjà oubliées. a, b, c. L’ennui pourrait me guetter, mais je m’en souci peu, je me place au-delà de moi, profondément. L’espace m’enveloppe à 5h32. Les bruits des enfants sortant de l’école résonnent et étouffent le murmure incessant de la ville. On en vient à oublier les moteurs. Leurs voix s’élèvent, cristallines, permettant au passant au pas pressé de sentir un peu de chaleur humaine sur son chemin vers a, b, c. Un rire, un cri, un éclat de joie. Leurs jeux sont beaux et ils sont si sérieux, dans leurs amusements. Mais les voitures restent, elles passent et continuent de passer outre, de battre, inlassablement, le pouls de la ville, incessant, immortel. Ce bruit, sourd et inquiétant.

5h35

Ils s’en vont, ils ont joués une éternité et leur beauté intemporelle s’est imprimée. Un passant vêtu d’un costume terne avance, aveuglés par les derniers spectres, le sourire aux lèvres, se fait bousculer. Il rentre dans son appartement.

De l’autre côté de la rue, assis, tranquilles, sages protecteurs, anges gardiens des ruelles, un chien et un chat observent ce tableau, patients.

chat et chien

•08.09.09 • Laisser un commentaire

La lune s’élève tranquillement dans le ciel sans nuage.  Comme tout les jeudi, il pleut encore dehors. S’il pouvait pleuvoir à l’intérieur il y pleuvrait peut-être aussi. Au milieu de la rue, baigné dans l’eau salée de la pluie et dans le sang, un homme gît. Une femme se retrouve seule, mais elle ne le sait pas encore. Le bébé qu’elle tient dans ses bras avale à grande gorgée le lait qu’elle a en elle, pour lui. Elle est inquiète, mais il ne le sait pas. Il a soif. Elle se dit qu’elle aimerait bien le voir revenir, que sans lui le plaisir du temps qui passe n’est pas le même. Mais elle ne sait pas. Elle ne sait pas qu’il est parti pour toujours. Peut-être apprendra-t-elle demain qu’il est mort. Peut-être pas. Peut-être pensera-t-elle qu’il les a laissés, elle et le bébé, à leur triste sort. En fait, alors qu’il marchait sur le trottoir, le vague à l’âme, se demandant comment élever un enfant avec cette conception du monde qui était la sienne, il a apperçu un chat, au milieu de la rue, l’air blessé. Il s’est approché et le chat a déguerpi. Il n’a pas vu la voiture, les phares éteints, qui est arrivé en trombe. Maintenant, comme tout les jeudi, il va pleuvoir, mais pour l’instant, dans le caniveau, une chatte allaite ses petits tandis qu’un chien monte la garde. Le chat s’est enfui.

wkw.net 06.09

•31.05.09 • Laisser un commentaire

page de calndrier juin 2009 pour wongkarwai.net

calendrier pour wongkarwai.net/Calendar for wongkarwai.net

voici le fichier en haute résolution/here’s the hi-res file
http://conversationaveclalune.files.wordpress.com/2009/05/wkw06-copie.jpg

Une nuit. un jour.

•04.05.09 • Laisser un commentaire

Dans la gouttière, un chat. Une tache noire, comme une tache d’encre de chine sur un papyrus, sur son œil droit. Cet œil est bleu-gris, l’autre est bleu-vert.

Il est posé comme une gargouille, comme ce démon sur l’église de Cahors, un vestige, un observateur.

Il n’écoute pas la fille de l’appartement du dessous qui fait l’amour et qui jouit tendrement. Il ne regarde pas le passant, ce jeune homme, une cigarette roulée au bec, perdu dans ses pensées de belles chimères. Il observe peut-être le pigeon dodu qui se dandine docilement sur l’arrête du toit de l’appartement d’en face. Si c’est le cas, cela ne se discerne pas. Du haut de son perchoir, le monde lui appartient.

5h 35, un cadran résonne, un homme part travailler, encore.

Pourquoi ce chat? Parce qu’il ne sait pas. Il ne sait pas qu’il sait, que la beauté loufoque du monde est contenue toute entière dans ce levé de soleil, sur les toits de la ville qui ne dort pas, dans ce pigeon qui dodeline de la tête, dans ce passant perdu, dans ce halètement d’aise, dans ce chat qui regarde, qui regarde une chatte s’étirer derrière une poubelle de métal gris qui scintille sous les premiers rayons du matin. Articulations d’un monde, d’un tableau, d’une scène, de phrases, auxquels il appartient.

Pour les ami(e)s

•22.04.09 • Laisser un commentaire

Je vous offre ces photos à vous mes ami(e)s. Il en manque, il y en a de nouveau, mais ceux qui sont restent.

Metro

•11.04.09 • Laisser un commentaire

metro -00Attente

Le temps passe

Inlassable course

Seuls

Sans jamais vraiment savoir

Quand le métro arrivera

Ni quand il s’arrêtera …

metro-01

Sonnet d’Automne

•11.04.09 • Laisser un commentaire

À l’abri sous l’arbre, contemple mon royaume.

Je ressens comme un baume, bienfait sur mes blessures;

Bien sûr ressent l’usure, oint au mercurochrome.

À l’abri sous l’arbre, contemple ma fêlure

*                           *                              *

S’envolent les vampires; de même les enfants,

À pas de Géants, s’enfuient de leurs verts prés

“Récitez un instant Prévert mes bons enfants,

S’envolent les vampires à l’heure de vesprée.”

*                           *                              *

Sizain âpre tel une galette de sarrasin

Porte à ta bouche  la coupe de nos plaisirs soufferts

Sur mon âme et mon cœur il n’est qu’un seul suzerain.

*                           *                              *

Elle seule sait être à la fois couteau et suture;

Et à sa bouche voluptueuse tout m’est offert.

“Angoisse, sous l’arbre contemple mon royaume.”