Salut Falardeau, tes détracteurs te lèchent maintenant les pieds, tu es mort, tu es moins embêtant. Mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas le germe que tu as semé sur ton passage. À travers tes films, tes écrits et tes discours, tu leurs as fait peur. Pas avec une polémique à dix cennes, mais parce que tu avais raison, et le menteur sait quand il est reconnu et sait quand son interlocuteur a raison. On ne fait plus que parler blanc ici, certes encore plusieurs s’y laissent aller et en effet, ce n’est pas parce que nous sommes québécois que nous ne savons reconnaître la beauté de cette langue, mais ce n’est pas la seule, ce n’est pas notre seule. Nous parlons queb, de plus en plus. Cette langue avec ses accents de vieux terroirs français oubliés, cette langue riche de la francophonie, et embellie d’une connaissance et d’une mentalité autre. De celle de l’envahisseur blanc, de l’envahi, indien et blanc, et de l’immigrant trop souvent oublié. Nous sommes les maîtres dans nos maisons, même si nous nous y laissons contrôler. Nous sommes fort de nos combats, de nos défaites, de nos faiblesses. Comme tu l’as dit souvent, nous ne nous battons contre personnes, nous nous battons pour nous, avec tous ceux qui veulent se battre pour eux. Les nationalismes sont peut-être suspects, mais ce n’est pas une raison pour s’emmitoufler dans notre bêtise, dans notre couardise, dans la langue des autres.
Salut Falardeau, qu’on te critique ou qu’on te loue n’a aucune espèce d’importance, l’important est que l’on écoute. Que l’on écoute les cris des minorités, que nous les comprenions, que l’on engage le dialogue, qu’elles aussi nous comprennent. Ces minorités fort souvent majoritaires d’ailleurs, ces minorités qui dérangent, qui font peurs aux sbires de l’argent à tout prix, du pouvoir à tout prix. Ces minorités riches, elles aussi, de leurs langues, de leurs cultures, de leurs faiblesses. Pas contre les autres, pour soi. Nous sommes de ces minorités, dignes. Seulement, Notre Dignité, nous la relayons souvent sous des allures de gueux, de peur d’être snob peut-être, d’être comme ceux qui nous écœurent et qui, éhontés, pavanes comme des rois nus, sûrs de leur fière allure.
Salut Falardeau, documentariste, homme, penseur. Salut à toi qui a su jouer de tes langues, des images, et qui a su te jouer de ceux qui ne te voulaient pas dans le décor. Ta cigarette, ta voix rauque, tes sacraments. Et comment oublier ton sourire et ton air moqueur. Je ne t’ai pas connu personnellement, mais, jeune homme que j’étais et que je suis encore, je t’écoutais, t’admirais, te critiquais du haut de mon impression de savoir. J’ai appris à ton contact. Qu’on a pas besoin de s’aimer pour s’apprécier, se respecter et apprendre les uns des autres.
Salut Falardeau, toi qui as aimé. Aimé ton peuple, son histoire, ton pays, qui ne commence bien sûr nullement par la lettre “C”. Qui a aimé tous ceux qui ont voulu aimer avec toi, tes frères, de toutes races, de toutes ascendances, ceux qui, comme toi, étaient capables d’aimer pour eux et non contre les autres.
Salut Falardeau, la lumière de ta présence, étoile maintenant disparue, brillera, car nous nous souviendrons.








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